Shanghaï
Il est des cités où l’on fait des canons,d’autres des étoffes, d’autres des jambons. À Shanghai, on fait de l’argent .
Albert Londres, 1922.
Cette série a été réalisée à Shanghai en 1999. Ici, les deux visages de la Chine sont face à face, tantôt s'évitent, tantôt se confondent. Ma photographie joue de cette ambiguïté et des paradoxes de cette nouvelle Chine. Je photographie un couple d’ouvriers play-boys poussant une brouette puis une jeune femme allant à son travail en vélo, robe noir et lunettes noires, armé de son sac Gucci, un faux ?. Il est six heures du matin, le rêve chinois est là. La nouvelle Shanghai semble sortir d’une BD de science fiction avec cette vue futuriste de Pudong où au milieu une tour se transforme en fusée galactique. Au centre de ce même quartier, quand je fais le portrait d’un ouvrier coiffé d’un chapeau traditionnel posant au centre de l’avenue la plus grande du monde, fermée sur le côté par une palissade recouverte d’une fresque, je me retrouve avec Tintin « Au pays des Soviets ». La ville ne semble alors qu’un immense décor. Et pourtant tout est bien réel. Une des premières images saisie est celle d’une femme en rouge prise très tôt le matin sur la place du Peuple. Tout aurait été plus simple si elle n’était pas en train de marcher à reculons. Alors comment montrer les choses ? Comment comprendre ce que l’on voit? Dans un parc un dimanche après midi, des personnes sont réunies face à un homme aux bras levés, tous très sérieux. Est-ce une harangue politique ou une chorale amateur ? Parfois les signes ne trompent pas, comme dans cette photo prise dans la mosquée de Shanghai où deux ouvriers paysans posent pieds nus au milieu des gravats. Ou avec cette petite fille photographiée dans la prestigieuse école du cirque, restant un temps incroyablement long en équilibre sur sa tête, impassible, une montre posée juste devant elle.